SANS LES MAINS, C'EST AUSSI BIEN...

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samedi 12 janvier 2008

ON NE REDEVIENT PAS VIVANT

... Nous disions-nous l'autre mardi, vers dix heures, écoutant Not'Omniprésident causer. Le temps passe où l'on est malade, presque mort, le temps s'avance où l'on vit. Il n'est pas de temps où l'on revit. La seule personne qui s'y est risquée, jadis, en Galilée, ne nous a pas confié si la chose était sympathique.
Or donc, je ne suis pas en train de redevenir vivant, ce que voudraient dire les journaux quand ils parlent des rescapés d'un cancer. Je pousse mon petit wagonnet, au fond de la mine, certaines heures léger.
Il faudrait une science que nous ne possédons pas des arcanes de l'âme humaine, pour tuer à tout jamais cette idée idiote. Ou savoir en quelques lignes résumer les Confessions de Saint-Augustin. Ou savoir dire ce qu'est la Théorie des cordes (lire, si l'on a le temps, le dernier livre de Juan Carlos Somoza aux Éditions Actes Sud, pour ce frisson délicieux que provoque sa propre ignorance, pour l'ivresse fugace que donne l'illusion de comprendre un brin de physique).
Pourtant, c'est fou le nombre de gens qui vous regardent avec une bienveillance réelle, comme un rescapé. Ils ne le savent pas tout à fait, n'oseraient même pas l'imaginer, mais vous leur arrachez, un instant, un petit sourire d'admiration : comme elle s'est bien débrouillé, comme elle a été courageuse. Et, vrai, ils sont si naïfs, si jolis dans leur innocence, que l'on s'en voudrait de tuer leur rêve. En disant, par exemple, que c'est très facile d'être malade comme un chien pendant une chimiothérapie. Qu'il est à la portée du premier lâche venu de se laisser porter par la peur, la nausée, la fatigue. Que ne pas pleurer (j'ai bien du m'accorder une demi-journée de vague à l'âme, à l'annonce du diagnostic) est un jeu d'enfant, il suffit de brandir ses petits poings rageurs en se jurant que l'on ne tombera pas dans le panneau. Enfantin, comme le caprice de l'enfant en face du bassin du Luxembourg quand il décide que c'est le bateau à voile rouge qui gagnera.
Comme on est, malgré tout, poli et bien élevé, on ne cassera pas leur petite boîte à rêve.
Mais on ne s'excusera pas d'être irrémédiablement passé de l'autre côté des choses et des êtres. Il ne faut pas épiloguer sur ce petit saut que l'on a fait. Il ne faut rien en dire. Il faut juste, à sa façon, faire respecter cette position nouvelle. Nous sommes désormais localisés sous telle latitude et plus telle autre.
Ni plus vivant que le petit homme qui l'autre jour s'agitait devant son pupitre. Ni moins. Ni plus ridicule. Ni moins.
À part ça, et puisqu'il faut tenir sa maison en ordre, on laisse ici la liste des choses dont on ne sait pas quoi faire parce qu'on ne sait pas encore si elles sont importantes ou pas :

  • les après-midis crapuleuses avec la personne de son choix qui a fini par lasser ;
  • les découverts bancaires à répétition et la justesse de cette phrase happée dans la bouche d'un ancien conseiller de je ne sais plus qui : jadis, les pauvres avaient raison, aujourd'hui, ils ont tort ;
  • (Mais peut-être ceci doit-il être rangé dans la même boîte que cela.)
  • les rendez-vous chez le dentiste que l'on ne prend jamais ;
  • les choses modernes que l'on serait supposé savoir et que l'on ne retiendra jamais ;
  • l'expo de Fragonard que l'on va voir fissa avant fermeture définitive ;
  • les idées bonnes, i.e. qui rapporteront ;
  • les couverts en argent ;
  • les fantômes. (Ah, ça c'est la grande idée : commercialiser enfin une boîte à fantômes !)
  • les tee-shirts que l'on ne portera plus mais ;
  • les réflexes de fille que l'on ne peut plus avoir ;
  • les réflexes de cet être nouveau que l'on est devenu et qui n'ont pas encore de nom
  • les bons pour une sucette à la nougatine sur le port que l'on avait, jadis, imprimé ;
  • les palmes que l'on a empruntées et qu'il va falloir rendre
  • les rendez-vous manqués avec la personne de son choix qui a fini par lasser ;


À part ça, la mer sera haute aux Minquiers à 21h51 (coef 81)

( à suivre )

Et nous annoncerons très vite la fermeture de ce blog. Quand il nous apparaîtra réellement judicieux de l'enterrer.

vendredi 5 octobre 2007

LE TROTTOIR, C'EST BIEN POUR LES FEMMES (si, si)

Aux nostalgiques patentés, toutes mes excuses... L'intitulé de ce billet change. L'ancien m'est récemment apparu obsolète...

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vendredi 14 septembre 2007

CE QUE JE NE SERAI JAMAIS.... (SI LES DIEUX...)

VENDREDI MATIN, jour des résolutions. Pourquoi ? Parce que, tiens, au hasard, Jacques Martin est mort. ??? Eh oui ! Car n'oublions jamais qu'un homme qui, chaque dimanche après-midi, qu'il pleuve ou qu'il vente, invita d'insupportables mouflets à cracher dans les micros de la SFP qui n'en demandaient pas tant, sans JAMAIS en étrangler aucun mérite, oui, qu'on le loue !
Donc, résolutions. (aux distraits enfants de notre très mauvaise école primaire et secondaire, rappelons que "résolutions n'est pas le verbe résolutionner conjugué à la 1ère personne du pluriel, temps présent de l'indicatif). Et quelles résolutions ? Parce qu'il fait beau, que le temps presse (je dois aller essayer de nouvelles palmes), listons ce que je ne serai jamais...

  • Malade.
  • Blonde.
  • Pingre.
  • Une fille à robe rose.
  • Claude François.
  • Rachida Dati.
  • Physicienne de haut vol.
  • Ministre plénipotentiaire du Royaume de Courlande.
  • Vendeuse de tabac au grain.
  • Gratouilleuse de puces sur l'épaule de mon voisin de gauche.
  • Marie Curie.
  • Sophie Marceau.
  • Hélène Boucher.
  • Suzanne Lenglen, non plus.
  • Sarah Bernhardt (tant mieux !)
  • Unijambiste.
  • Avaleuse de sabre le samedi matin sur la place du Marché sainte-Catherine, Paris 4ème.
  • Rolleuse.
  • Poseuse de faux ongles rue saint-Martin, Paris 3ème
  • Nègre de Dominique de Villepin.
  • Prévoyante (pardon Monsieur BNP).
  • Expert-comptable (pardon Papa et Maman...)
  • Hypocrite.
  • Manièrée.
  • Cow-boy, façon Calamity Jane.
  • Amateur de porno.
  • Juge de Paix à Sacramento.
  • Femme de mauvaise vie (hélas ? )
  • Rouleuse de joints à l'île de Wight.
  • Chimiste émerite.
  • Wondermaman (pardon, Louis)
  • Lanceur de javalot (c'est mieux, non ?)
  • Pétasse en chef à Elle ou Marie-Claire.
  • Rouleuse de tambour dans la cour de l'Élysée un 14 juillet.
  • Défaitiste.
  • Opportuniste (pardon monsieur BNP)
  • Ravie de la Crèche.
  • Mangeuse d'escargots.



(liste non contractuelle, non exhaustive, sujette à révisions permanentes)
À part ça, le 25 septembre, la mer sera houleuse rue d'ULM.

( à suivre )

vendredi 24 août 2007

LA BELLE VACANCE

Et c'est ainsi que, chemin faisant, on se retrouva, singulier, en vacance, mais de quoi au juste ? Ca c'est de la question de belle farine, pas de la petite bière pour penseurs anorexiques.
Que dit le petit Littré, à gauche sur mon nouveau bureau ?
<<(lat. vacantia), sf. Temps pendant lequel une fonction, une dignité n'est pas remplie. La vacance du saint-siège, du trône. ◊ Au pl. Temps durant lequel les études cessent dans les écoles, dans les collèges. Le temps des vacances.>>
Vive l'Émile ! Au singulier, c'est mon été. Au pluriel, celui de l'Impérial mouflet. C'est pas beau ça.

Donc, ma vacance, car oui, messieurs-mesdames, pendant que vous pâlissiez sous le soleil d'août, je me suis mise en congé de moi-même et que c'est doux. Six août, bref passage à l'Institut Curie, rendez-vous pris le 25 septembre pour enlever l'autre sein et hop, départ dans la fraîcheur et le sang neuf, direction le Sud, c'est plus facile pour se mettre en vacance. Là-bas, je n'ai pas été une seule seconde malade, ni patiente, ni post-chimiothérapisée. J'étais moi, ça suffisait déjà, atome vivant dans une pelletée de plus de 160 cousins. Etre moi ne m'était pas arrivé depuis une sacrée lurette, j'en avais perdu la douce habitude, mais j'ai vite trouvé la méthode et son discours. Dire ce que fut mon année est alors très simple, presque doux. Rien de paniquant. Dire ce que sera la rentrée pas plus. Les petits malins verront évidemment un lien de cause à effet, une manière de réaction pré-opératoire assez remarquable : c'est parce que je vais me faire opérer que je suis moi. Parce qu'une patte de chirurgien mettra définitivement mes seins en vacance, c'est aussi banal que cela, à ceci près que durant cette vacance-la, je ne perdrai pas ma dignité, bien au contraire.
La belle vacance, c'est peut-être surtout se sentir libre de ne rien penser d'autrui, de ses peurs, de sa manière de ne jamais prononcer le mot cancer, de souligner que décidément on a bonne mine (manquerait plus que j'aie une sale tête), de vous demander l'air de rien à quoi vous travaillez en ce moment (le travail a été inventé pour ça non, pomper les peurs), ne rien écouter de ce que vous lui dites parce que de toutes façons. La belle vacance, c'est, très calmement, sans plus de colère, savoir qu'entre soi et les autres, définitivement, il y a un fossé immense. La belle vacance, c'est se dire que ce fossé est beau, pas un gouffre, non, une frontière seulement et n'oublions pas que la frontière a été inventée par l'homme. Que l'on ne cherchera pas à le franchir (pour quoi faire d'ailleurs ?). Encore moins à ce que l'autre le franchisse (qu'est-ce qu'il viendrait faire là où l'on commence à se sentir à l'aise ?) Que ce fossé est le signe même que l'on est vivant, délicieusement, profondément. Enfin, on comprend ce que l'on a lu, ici ou là (le 18 août dernier encore dans Le Monde la tribune de Philippe Bataille, Le cancer ou la perte du quotidien ordinaire (allez sur le site, si le lien ne marche plus, dépensez trois sous pour le lire, on a rarement écrit aussi finement sur la chose) sur l'avant et l'après de cette maladie-là.

Et, parce qu'il faut faire court, on concluera rapidos : Etre en vacance, c'est penser que l'on va apprendre à vivre avec un autre corps et apprendre, vrai, on adore, on passera même sa vie à ça si on s'écoutait.

À part ça, la mer sera haute ce soir à 22h09 à Tristan da Cunha.



(à suivre)

PS : En vrac encore, ceci : Etre en vacance, c'est se poser des questions fondamentales comme : depuis combien de temps n'ai-je pas mangé de prunes ? Néry est-il heureux ? Le chocolat chaud espagnol est-il bon ? Ai-je bien fait de balancer mes agendas des vingt dernières années ? Dois-je lire La vie mode d'emploi avant ou après l'opération ? Arriverai-je à terminer mon polar à la date que je me suis fixée ? Irai-je nager lundi ou plutôt mardi à la piscine Joséphine Baker ? Se faire opérer par un chirurgien wagnérien est-il sérieux ?, Wagner, c'est quand même de la musique pour adolescent névrosé, non ? Est-ce que je me souviens réellement bien du goût des churros à Salou quand j'avais neuf ou huit ans, mes lèvres salées (j'étais amoureuse d'un jeune François) ? Ma bibliothèque est-elle bien rangée ? Dois-je changer d'amant, définitivement, mais pourrai-je finir mon polar ?

dimanche 1 juillet 2007

DES CITOYENS DEBOUTS ! MÊME EN ÉTÉ !

RÉSISTER !

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CLEPSYDRE

Ah que c'est joli !

dimanche 17 juin 2007

RAMON GOMEZ DE LA SERNA (et les autres)

Les ceusses qui me demandent, imprudemment, ce qui m'occupe en ce moment ne le demandent pas deux fois, je vous le dis. Pas du tout l'air de rien, je leurs réponds que je songe prioritairement, exclusivement, majoritairement, obsessionnellement à demander au bon chirurgien Rémi S. de m'enlever le sein droit. Comme toujours dans les nouvelles peu ordinaires, c'est la réaction qui est intéressante. Il y a les celles qui ouvrent des billes toutes rondes (comme jadis, mes seins... Non, je plaisante), mais, euh, la reconstruction, c'est bien... Non ? Et dans ce non ?, toute la panique de la celle qui aimerait croire que toutes les chirurgies se pratiquent comme dans Nip/Tuck
Eh ben non, c'est pas bien... Si Bob le Bricoleur intervient sur ma personne, l'affaire prendra vite les allures d'une sacrée bouzine : on prélève un bout de peau ici, on tire un muscle de là, on découpe un petit rond près de l'aine, là où, disent les garçons, il est si doux de passer sa langue, ça servira à faire un faux téton. Un faux très faux puisqu'il s'agit ensuite de tatouer la peau... Mais jamais la chose ne sera érectile, jamais la douceur d'un baiser de la personne de mon choix ne la fera frissonner. Comme jamais le sein ne sera autre chose qu'un simulacre et pas des plus grâcieux. Je ne parle pas même d'un sein "comme avant". Je parle de quelque chose qui ressemble à une grosse galette mal pétrie que même le Loup du conte n'oserait accepter du Petit Chaperon Rouge. Exit donc Bob le Bricoleur. (Dix pour cent des femmes opérées seulement se font reconstruire, CQFD)
D'autres réactions sont plus incisives quand j'envisage d'avoir un torse plat : Pourquoi ne pas te faire greffer une quéquette pendant que t'y es... Là, j'ai envie de dire à ces ceusses ce que Lacan répondit à une excitée qui lui dit avoir rêvé de vous : C'est vous qui rêvez, madame. Pas moi en tous cas, contrairement à ce qu'avait l'air de penser la psychiatre vue à Curie, je n'ai pas plus de problème d'identité sexuelle que Tout-Un-Chacun, peut-être même moins (là, je me vante, mais c'est normal). Il semblerait, par quelque biais qu'on prenne les choses, qu'en fait l'affaire me dépasse. Mon cancer et ma personne n'agiraient que comme révélateurs... L'idée est peu plaisante, je vous jure, pour qui a un orgueil humainement dimensionné.
Peut-être, aussi, dois-je admettre que je sais seulement énoncer ce que d'autres femmes peinent à dire... Je n'aime pas plus que ça non plus, le côté élu syndical, c'est pas mon truc.
C'est ce que je me suis efforcée de dire à la psychiatre revue ce matin. Que ce qui choque dans ma demande, c'est que, oui, je lui accorde la même validité, la même valeur que celle qui consisterait à demander qu'on me reconstruise le sein gauche. Seulement voilà, une femme a le droit de se faire refaire le cul, les cuisses, le ventre, les seins, même par un sagouin (on se demande même quel vice entre dans l'étalage régulier, complaisant des mésaventures de ces malheureuses), elle n'a pas le droit, crime de lèse-maternité, de demander qu'on lui ôte un sein. La voilà suspecte de maladie mentale, de je ne sais quoi d'autre.
Celle qui accepte une, deux, trois opérations et de se voir coller une masse informe sur la poitrine est, elle, d'une normalité bénie. Il y a trente ou quarante ans, les femmes réclamaient le droit de jouir de leur corps sans entraves, elles jetaient leur soutien-gorges par dessus les moulins. Ca me faisait sourire quand je voyais ces grandes tiges aux seins ballants. Ca me fait toujours rire aujourd'hui. Jaune bien sûr. Ces drôlesses n'ont rien gagné. Loin de là.
Mais ça n'est pas mon histoire. Je me fous de la cause des femmes comme de ma première sucette Pierrot Gourmand. Je me fous des questions d'identité sexuelle, économique, sociale comme de ma première soustraction. Ce que je sais : la justesse de ce que je sens.
À part ça, la mer remonte... Elle sera haute un de ces quatre à Morgat, je vous tiendrai au courant.
À part ça encore, allez zieuter le blog d'un gars vraiment intéressant. C'est pas toujours bien écrit, mais on y pêche chaque jour des trouvailles (allez à la page du lundi 18 juin.)
(à suivre)

jeudi 14 juin 2007

LES CEUSSES QUI SE LÈVENT TÔT... (et moi)

Les ceusses qui disent que ça ira mieux quand on se lèvera tôt auraient dû me rencontrer avant, du temps qu'une inflammation tenace, insidieuse, connue depuis les Pharaons et incurable de certaines articulations me sortait du lit dès potron-minet; Je rampais la plupart du temps, mais je sortais et tôt, très tôt je vous dis. Sur le coup de six, pas moins. Les jours fastes, je m'offrais une douche grand format. Ca consistait surtout à rester recroquevillée dans la baignoire ou le bac de douche, à passer le pommeau de la douche et à laisser couler le jet direct, comme ça, bien chaud, sur ma peau. Ca consistait surtout à croire à la magie blanche... L'eau coulant sur ma peau, chaude, brûlante, par un phénomène auquel seuls les chimistes sauront donner un nom, censée réchauffer mes os enflammés...
On voit par là qu'il s'agissait bien de Magie Blanche de l'Aube!

. Il me fallait pas moins de quatre heures pour recouvrer une démarche correcte, desserrer l'étau qui emprisonnait mon torse, mes hanches, mon sternum. Les béquilles rouge Ferrari m'aidaient parfois. Ou une canne noire, superbe, offerte par Fred B.
Ces moments, oui, je me levais tôt ! Si Sarko m'avait vu... en aurait-il changé son discours ? Hum...
De toutes façons, ce temps-là est presque révolu. Y a bien des matins de pierre où le torse est impossible à toucher, caresser... Où la foutue prothèse autocollante est un supplice à supporter toute la matinée. C'est simple, je l'oublie quand j'ai trop mal.
Ces temps-là sont révolus parce que je me prélasse à présent, et pas qu'un peu ! Je pyjamise outrancièrement dès que je peux... Dimanche soir, après la fiesta de samedi soir ici (à 3h1/2, j'ai fini par virer Jake l'American Intellectual Jewish qui tourbillonnait dans mon salon), dodo à 7 heures du soir, les députés peuvent bien se faire ballotter, ramasser, élire autant qu'ils veulent, sans moi. Et réveil le lendemain, coup de sonnette d'un bon bougre venu chasser le cafard (pas le mien, la bestiole rampante), à 8h37 !!! Un chasseur de cafard sarkozyste, assurément.
Et oui, je me prélasse, jour et nuit, j'écoute des émissions ineptes, d'autres passionnantes, des concerti pour piano joués par Clara Haskil. Je ne fais rien d'autre et je m'en trouve très bien.
Je ne vais tout de même pas ajouter la culpabilité au reste...
Pour dire le vrai, J'ATTENDS. Il est bon d'attendre. Quoi ? RIEN . IL EST BON DE NE RIEN ATTENDRE. On ne risque pas d'être déçu. Ca tombe bien, je n'aimerais pas être déçue en ce moment. Les ceusses qui voudraient venir vérifier que je suis une digne représentante de la France qui se lève tôt pour conduire son mouflet à l'école et se recouche illico peuvent venir constater sur place. Le café leur sera servi.



( à suivre )

mercredi 16 mai 2007

IDENTITÉS

En mathématiques, on appelle identités remarquables certaines égalités vraies dans tout anneau commutatif (qui doit parfois être unitaire), donc en particulier dans l'ensemble des entiers relatifs, dans l'ensemble des réels, dans l'ensemble des nombres complexes, ou dans des anneaux de polynômes. Elles servent en général à accélérer les calculs, à simplifier certaines écritures, à factoriser ou à développer des expressions.

Eh bien voilà, ça m'apprendra à n'avoir pas fait d'efforts à l'école ! Une fois, si, j'ai eu 20 sur 20 en maths, c'était en 5ème, le lendemain du 13 mai, anniversaire de mon petit frère.
Pour le reste, zérotième ! Résultat des courses, me voilà empêtrée dans des problèmes d'identité. On me dira, pourquoi ne pas aller chercher le Littré ? Parce que le Littré, je connais par cœur. Il n'apporte que des réponses faciles, belles et lisses. Quand on a un problème d'identité, on cause pas avec le Littré. On cause avec ce que l'on ne connaît pas.
Remarquez, si j'étais avisée et pas désespérement bornée, je m'en irai voir Sarkozy Ier, un gars très petit qui rentre à cette heure même dans notre palais élyséen et pas qu'un peu ! Lui, les problèmes d'identité, il connaît. La preuve, on murmure ici ou là qu'il va nommer Rachida D. au ministère de la Chose. Moi, je serais en quête d'identité, je ne suis pas certaine que la mâchoire carnassière de la dame, son aplomb de beurgeoise sans complexe me rassureraient. Je la regarderais, je penserais, c'est drôle quand même cette rage de singer ce que la bourgeoisie a fait de pis, un peu comme ces homos qui ne rêvent rien tant que fonder une famille. Et puis, je fermerais les yeux en espérant que la dame fera vite un faux-pas et que Sarkozy Ier se verra contraint de la renvoyer à sa magistrature. Bon, mais le fait est que je ne suis pas de ce côté-là de la quête. À vrai dire, je ne vois pas de quoi j'irais me plaindre. Vrai, un bel appartement, grenier très matznévien où il fait bon, quelques après-midi voluptueuses (quand elles sont consacrées à l'amour, les après-midi sont féminines; tristement consacrés au labeur, ils deviennent masculins), de prodiguer ses bontés à son prochain bien disposé. Où le bordel ne se voit pas, d'ailleurs, je suis devenue ordonnée. Où Louis a presque trouvé ses repères. De quoi suis-je en droit de me plaindre ?
Eh bien voilà, je me dissous. Se dissoudre n'a rien à voir avec quelconque penchant pour la vie dissolue. Se dissoudre, c'est ne plus coller à son image, aussi instable soit-elle. Et, vrai, ce n'est pas si agréable que cela.
( La matière étant par essence chose mystérieuse, il est possible que je résiste encore un peu. )
( à suivre )

vendredi 11 mai 2007

RETOUR À L'ADOLESCENCE

Forcément, un volume du théâtre de Montherlant dans les mains, que voulez-vous qu'il arrive ? On lit jusqu'à tard dans la nuit La Ville... dont les phrases une à une, nous reviennent, murmure qui s'échappe de nos lèvres, et on laisse passer ce souffle qui voudrait éteindre la brûlure qui, étrangement, des années après la première vision de la pièce (c'était, à l'ORTF, avec Paul Guers et Didider Haudepin), revient. L'ultime scène est déchirante, d'une hauteur exemplaire. Soyons fâcheux et bougons : pas étonnant qu'on ne monte plus le théâtre de Montherlant ! L'heure n'est plus à la hauteur, aux âmes déchirées entre le désir et le devoir. Les préoccupations morales, tout le monde s'en tamponne le coquillard. Et les actes qui nous jugent... Cela fait une sacrée lurette que nos actes ne nous jugent plus. Montherlant a bien fait de se suicider. Vivrait-il aujourd'hui, il étoufferait de rage.
Mais moi, quatre heures du matin, je suis bien vivant. Le vent fou me réveille. Un instant, j'ai le sentiment d'être en Bretagne, ces nuits d'hiver de jadis où la maison de fer craquait et où me réveillait une peur panique que la mer devenue folle ne l'engloutisse.
Et ce n'est pas faux. Car voilà, je régresse. Cet hiver, cure et exil, je me suis retrempée, par nécessité, par désir, dans mon enfance. Une enfance revisitée, bien sûr, phantasmée, parfaite. J'ai relu les livres qui enchantèrent mes huit ans, sauté les mêmes passages qui, alors, me lassaient. J'avais besoin, essentiellement, de cet état.

Retour à Paris, j'ai cru que je redeviendrais illico l'adulte (étrange adulte, j'en conviens) que je fus jusqu'en septembre dernier. Je pataugeais dans la plus douce des naïvetés. Il s'est passé quelques semaines, comme toujours, avant que je ne m'en rende compte. Car on ne brusque pas le rythme des choses. Et ce n'est pas dans l'âge adulte que j'ai replongé mais dans l'âge adolescent. Expérience étrange, passionnante si on veut bien s'y arrêter.
La maladie, l'expérience de l'idée en soi de la mort, de sa propre faiblesse, de la peur, la découverte d'un corps nouveau à quoi je ne m'habitue toujours pas (le 21 mai, je consulte le Dr Salmon à qui je vais demander de m'ôter l'autre sein, cet orphelin qui m'empoisonne la vie), la douleur de ne savoir comment réagir face à sa propre lâcheté, le recours à l'orgueil pour cesser de trembler, maintenant que je puis les nommer, maintenant que je les considère avec quelque distance, je sais qu'elles m'ont dénudée. Et si je parle d'adolescence, c'est au sens du verbe adolescere dont ce bon Docteur G. me rappelle tout à l'heure encore qu'il désigne le fait de se consumer, de changer d'état comme l'encens sur l'autel, de poudre devient fumée. Les chimistes appellent cela la sublimation.
À Fred B., l'autre samedi, soirée douce dans son hamac, je disais je ne suis pas moi. Eh non, je ne suis pas encore moi. L'opération, la chimiothérapie m'ont fait sortir de moi, revenir vers le passé et aujourd'hui, je flotte comme flotte l'adolescent qui ne sait que faire de ces émotions qui l'enorgueillissent, l'embarrassent, l'encerclent, l'empoisonnent.
Jadis, en Asie, un malade qui réchappait d'une grave maladie changeait de nom. L'état civil n'autorise plus ce passage. Dommage. Ce changement de nom était sain qui disait, certes, que rien ne serait plus comme avant ; qui surtout signifiait, à soi, aux autres, qu'un être nouveau avait vaincu l'obscurité et, de sa nuit, sa main tendue demandait qu'on la saisisse.
Combien de temps durera cette sublimation ? Combien de temps vais-je mettre à trouver mon nouveau nom ? Je ne sais. Je sais seulement que les lettres qui le composeront, je dois aller les chercher dans ce qui me fonde, réellement, depuis toujours.
Alors, Montherlant, oui, bien sûr.
( à suivre )

jeudi 10 mai 2007

LA VIE REVIENT (SI, SI)

C'est comme ça, simple, franc, massif. La vie revient un jeudi matin, sortir de chez ce bon docteur G. qui connaît les mots et le reste. Je suis partie de chez lui sans le payer. D'ordinaire, je n'aime pas ces dettes-là qui s'ajoutent à tant d'autres. Aujourd'hui, boulevard saint-Germain, je m'en fous. Mieux, j'entre à l'Écume des pages. À gauche, chechia blanche sur vareuse coloniale, un bel homme se tient. Il fait envie, sûr, mais je cherche quelque chose de précis, sans, comme toujours, savoir qui. Je tourne la tête vers la droite et, vif, joyeux, un nom me vient. Ce qu'il me faut, c'est Montherlant et pas qu'un peu. Hier et avant-hier, au fond du trou où ces jours gris m'avaient précipitée, je m'étais penchée sur l'Équinoxe de septembre, sans trop de bonheur. Au jeune homme encombré de paperasses qui s'agite derrière le comptoir, je demande si la Pléïade publie toujours le théâtre de Montherlant. Il a l'air sombre mais surtout quelque chose de touchant dans le regard. Je bafouille. Il me tend le catalogue où, appliquée, je lis un à un les titres publiés. Le prix est élevé, 48,80 euros. Quasi la somme que je dois au bon docteur G. Eh bien, il n'aura pas mon argent. Mon bon argent ce sera pour Gallimard. J'hésite, je demande conseil au jeune homme qui me tend le livre, dois-je l'acheter ? Il ne va pas me dire non, bien sûr. Allez, la vie est belle, dans un mois, il n'y aura plus d'argent dans la maison ! Je sors. Le boulevard saint-Germain est si beau ce matin. Je feuillette, vole quelques mots de la Ville dont le Prince est un enfant, la Reine morte, j'hésite... Ce sera Pasiphaé, cette histoire folle d'une femme-dieu qui aime un taureau blanc.
Pasiphaé : Tu vois ce jour, nourrice ? Pour toi, et pour la plupart des hommes, c'est un jour comme les autres. Pour moi, c'est un jour qui me verra faire un acte dont j'ai envie. Est-ce que tu les comprends, ces mots : faire un acte dont j'ai envie ? Mon non, tu ne les comprends pas. Vraiment aimer, vraiment souffrir, vraiment désirer, tous bavardent de cela comme s'ils savaient ce que c'est, et la plupart le soupçonnent à peine. Regarde-moi nourrice ! Aujourd'hui, je recule la mort.
Plus loin :

Le Chœur : Il n'y a ni ténèbres, ni gouffres, ni rien de la sorte. Il n'y a pas de partie obscure de l'âme. Supposé qu'elle commette une confusion, toute la nature est confusion. Ce n'est pas sa passion qui est malsaine; ce qui est malsain, c'est sa croyance que sa passion est malsaine. Ô fumées honteuses du cerveau de l'homme ! Zeus l'a bien dit : "Misérable race des hommes, qui toujours va chercher la souffrance hors de celles qui lui sont destinées." Certes, les agitations des hommes sont une honte. Ils ne valent pas d'être si tourmentés.

Oui !



( à suivre )

dimanche 6 mai 2007

DEMAIN, JE NE SUIS PLUS MALADE...

Merci M. Sarkozy

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mardi 3 avril 2007

PARIS, PARIS, PARIS...

Reprendre son blog, ici, à Paris...

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jeudi 8 février 2007

QUAND JE SERAI GRAND, JE SERAI PHOTOGRAPHE POLICIER...

La vie, rien que ça. Un matin, école des petits cathos bretons. Dehors, ce temps que j'aime, entre une foutue averse de grêle et un soleil blanc d'hiver. Dedans, vingt-quatre loupiots excités qui me regardent. Il y a la délurée qui me lance : je te connais, tu es la maman de Louis. Il y a l'effronté glandeur qui me sourit, assis au fond de la classe et qui dit qu'on a installé une télé pour les cours d'anglais. Il y a Matthieu qui est déjà venu à la maison mais qui, timide, se contente de sourire. Il y a Louis, là-bas, au premier rang, sa table à l'écart des autres. J'attends qu'ils soient assis. Le directeur leur demande de donner une bonne impression des élèves de l'école. Qu'y a-t-il de plus difficile à l'école ? Quelques voix timides : se taire. Il acquiesce.... Et puis ? Et écouter... D'autres : croiser les bras. (Que faisais-je, enfant, à l'école ? Rien de tout cela je crois...)
La maîtresse demande s'ils se souviennent pourquoi je suis venue. Ils se souviennent.
Je traverse la classe, me plante devant eux. J'enlève mon bonnet noir et, rapidement, souriante, j'explique : j'ai pris un traitement qui m'a fait perdre les cheveux, mais ils sont en train de repousser. Louis renchèrit, oui, oui, ils repoussent, et j'aime cette petite voix, courageuse, volontaire.
Je suis venue parler de mon métier. Les petits cathos bretons écoutent, sages. Je leur explique comment on fait un journal, du moment où tombe l'info à celui où le canard paraît. Matthieu, malin, demande comment on a l'information. C'est une vraie bonne question. Je réponds comme je peux. J'ai fait un très joli diaporama très chic qui détaille chaque phase du boulot. J'ai pris comme exemple la mort de l'Abbé Pierre. Ils ne sont pas très nombreux à le connaître. Curieux dans une école de cathos bretons. Décevant même. Mais bon. Beaucoup de choses, dans l'école, ici, ailleurs, me déçoivent. Ne me déçoivent pas en tous cas les mouflets attentifs. Ils rient quand je montre l'illustration d'un article que j'ai écrit sur le salaires des chercheurs : le dessin d'un crâne au cerveau hypertrophié et apparent dans lequel une main dépose 50 cts.
Je termine en parlant d'un reportage, jadis, dans les bidonvilles du Caire, chez Sœur Emmanuelle. Je dis, là-bas, très peu d'enfants vont à l'école... Oh, le bol! Je souris à Garance qui dit aimer la liberté, l'amour et pas du tout l'école. Oui, mais ces enfants qui ne vont pas à l'école, ils ramassent les poubelles la nuit dans Le Caire, et puis, quand on ne sait ni lire, ni écrire, ni compter... On fait quoi dans la vie ? Garance est à moitié convaincue.
Je parle ensuite de l'engagement des journalistes, d'Albert Londres, puisque la petite Eve est allée en Guyane. La maîtresse enchaîne sur le J'accuse de Zola. Tout ça fleure bon le militantisme d'un autre âge, bien dans le ton.
La naïveté aussi. Mais qu'il est bon, oui, un instant, de parler d'engagement, de devoir d'informer à des petits cathos bretons.
Il est bientôt midi, les petits crabes ont été patients. Avant de finir, je leur demande s'ils auraient envie d'être journalistes. La jolie Eve : Oh, oui! Matthieu voudrait être photographe sportif. Louis lève la main : Moi, je voudrais être photographe policier.(il faudra que je lui parle de Berthillon et l'emmène, juré, au Musée de la Police, à notre retour...)
Une brève seconde, j'ai cessé d'être journaliste, je n'étais que la maman du futur photographe policier, sachant bien d'où lui vient ce goût pour la chose fliquesque. Photographe policier... Qu'imagine-t-il là-dessous ? Quelles photos ? Quelles enquêtes ? Quelles actions héroïques ?
La maîtresse m'avait conviée à son déjeuner. J'ai gentiment décliné, de magnifiques langoustines m'attendent à la maison où Sophie Cusset vient déjeuner. Je bois néanmoins un verre d'eau. Elle me pose la question classique : quand est née votre vocation. Je mens, je ne lui dis pas qu'enfant j'avais surtout envie d'être crieur de journaux... Je dis la préparation à Sciences-Po (loupé à cause de l'anglais), le coucours de l'IPJ (réussi grâce à la culture générale... On voit par là que les idées fausses sur les journalistes ne le sont pas forcément...) La conversation s'éteint. Je me lève, la remercie et quitte l'école qui sent les nems (c'est le jour de l'An chinois, même pour les petits cathos bretons).
Ce soir, à Ma Chère Mère qui lui demandait comment il m'avait trouvée, Louis, futur photographe policier a répondu : Tout simplement parfaite No comment.

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Parfaite, je ne sais pas. Ce que je sais : le plaisir de causer ainsi de mon métier. La joie de reprendre pied, d'une curieuse manière certes, dans le métier, dans ma vie. La fatigue des dernières jours s'estompe largement. Le retour à Paris m'effraie moins. J'ouvre les yeux et je ne tremble plus. Oh, si, quand j'envisage de faire mes malles.... Montherlant avait raison, les hommes heureux n'ont pas de bagages... Mais il n'avait pas de mouflet à Playmobil, à soldats napoléonniens, à fortin du Roy!
N'empêche, les malles seront remplies. Elles partiront mardi après-midi, arriveront jeudi matin. Un nouveau saut, dans l'autre sens. Je rentre dans ma vie, simple, tranquille... (j'en sais certains qui se marrent... Marrez-vous, amis).
Paris m'attend. Et moi, j'attends quoi de Paris ? Ah, ça...
A part ça, la mer sera haute demain à 8h43 et 21h05 (coeff 53 et 48) et c'est la belle saison pour les oursins.)



( à suivre )

mardi 6 février 2007

SEMAINE SANGLANTE, ET PUIS...

Le calendrier, c'est quelque chose ! Le lundi, jour de la Lune, tout sourit. On va être relogé dans un immense appartement, propre, où les robinets ne fuiront pas. Versailles ou peu s'en faut.
Le mardi, deux simples mammographie et échographie de contrôle du sein droit et c'est la guerre. Mardi, jour de Mars! Un adénofibrome découvert à côté d'un kyste. Je suis penchée sur le côté gauche, le bon docteur H. promène sa sonde. Il s'arrête. N'aime pas l'image sur l'écran. M'explique la différence entre un kyste, bien noir, et un adénofibrome. À l'image, c'est très clair. Le docteur H. s'étonne qu'une précédente échographie n'ait pas détecté cette forme-là. Il décide illico, en accord avec le bon Monsieur A., de pratiquer un mammotome, une nouvelle technique qui permet d'enlever l'adénofibrome. Je dis oui. Oui, parce que -dans mes larmes, je lui explique- je ne supporterai pas l'attente d'une nouvelle biopsie qui, comme celle de ce juillet dernier n'avait rien vu de mauvais dans le sein droit... Jusqu'à l'opération du 3 août. NON! Je ne revivrai pas ces semaines d'angoisse. Je serais prête à me confier au premier chirurgie venu, n'importe lequel. Le mammotome a lieu l'après-midi. À moitié convaincant : la masse est trop fibreuse pour être totalement enlevée. La moitié seulement et dix-huit prélévements. 18, ce chiffre me rassure : les anapaths vont se régaler et les résultats seront fiables.
S'en suit huit jours pleins à craquer d'angoisse. Impossible d'appeler les amis, de parler. Seul refuge : la couette. Mais une couette, aussi douce soit-elle, n'empêche pas les idées d'aller et venir, toutes imbéciles, noires, absurdes, irrationnelles. On n'épilogue pas. Chaos intégral. Et le courage qui s'enfuit, loin, ailleurs.
Et puis, ce mardi matin, un coup de fil du docteur H. qui annonce que les analyses sont bonnes. Ce n'est pas tumoral. Juste fibreux.
Et c'est le corps entier qui s'allège, l'esprit qui s'ouvre, la fatigue qui change de couleur (oh, toujours présente, on ne se leurre pas, mais la nuit qui s'annonce, le sommeil sera un vrai sommeil). L'esprit reprend son ordre. L'avenir devient un mot possible à prononcer.
La journée a été de convalescente. Redécouvrir le plaisir de regarder la mer, de suivre les vols des mouettes. De ne rien faire. De commencer à trier mes affaires pour Paris.
Une journée ordinaire, belle, bonne.
( à suivre )